« Quand je peins quoi que ce soit, je suis tout entier au plaisir de peindre. »
Pierre Roy
Il y a, dans cette phrase, une sorte de sagesse, celle de l’artiste qui ne fait pas mine de “maîtriser” le monde. Au contraire, il l’apprécie, le touche, le déplace, le met en scène… puis il accepte que le sens, parfois, arrive plus tard, comme si le sens provenait des autres. Et si Pierre Roy nous parle si bien aujourd’hui, c’est parce que son rapport à la création ressemble à une philosophie très contemporaine: faire, partager, laisser circuler, pour que l’œuvre devienne un lieu de rencontre.
Un Nantais à Paris, un solitaire parmi les constellations
Né à Nantes (1880), Pierre Roy suit d’abord une voie “raisonnable” (architecture), avant de choisir la peinture et d’entrer dans la vie des salons via la Société nationale des beaux-arts, le Salon des indépendants, dans ce Paris qui, au début du XXe siècle, fonctionne comme un grand atelier collectif à ciel ouvert.
Ce Paris-là, au début du XXe siècle, n’est pas seulement une capitale, c’est la machine à fabriquer des élans. Les ateliers sont serrés, souvent sous les toits ou dans des antichambres, mais l’antichambre n’est-elle pas aussi un État transitoire, une étape avant une amélioration ? Et cette création déborde, traverse les cafés, se pose sur les tables, se discute et se projette. On passe d’une discussion à un croquis, d’une lecture à une toile, d’une rencontre à une vocation. La ville tout entière sert de maison commune aux artistes, ce Paris là devient un atelier collectif à ciel ouvert où l’on apprend en voyant faire, où l’on progresse en se frottant aux autres, où l’on existe parce qu’on se montre, même inachevé.
Et si ce souffle nous fascine encore, c’est qu’il n’a rien d’une nostalgie décorative, c’est une méthode et un savoir vivre. Aujourd’hui, nous pourrions retrouver cette respiration, beaucoup de lieux ont été créés à cet effet, que ce soit les tiers lieux, les galeries, les médiathèques, les cafés lectures, des vitrines d’expo tournantes, des rendez-vous réguliers “Travail en progression”, des scènes ouvertes où la peinture dialogue avec le slam, la photo avec la poésie. L’enjeu n’est pas de rejouer 1905, mais d’en retrouver la l’ardeur, l’exaltation créative, l’envie d’exister avec les autres.
Dans ce Paris là, Pierre Roy croise très tôt les regards qui comptent et Guillaume Apollinaire le remarque; Louis Aragon préface son catalogue; il participe à la première exposition surréaliste en 1925, mais reste, paradoxalement, en marge des appartenances.
Pierre Roy reste en marge des appartenances… mais pas en marge des autres. Il fuit les chapelles, pas les connivences. On pourrait dire qu’il pratique l’art des alliances ponctuelles. Cette liberté n’a rien d’un isolement. C’est plutôt une manière de protéger son atelier intérieur, tout en gardant la porte entrouverte sur le monde, afin que la culture avance par rebondissement et par regards croisés.
Et des moments de partage, il en a connus, parfois décisifs. Très tôt, il est remarqué par Guillaume Apollinaire, comme si la poésie venait lui faire signe depuis l’autre rive de la peinture. Plus tard, il expose, circule, et voit sa première exposition particulière accompagnée d’un catalogue préfacé par Louis Aragon ; une façon, très parisienne, de faire passer une œuvre dans la conversation générale, de l’inscrire dans la mémoire vive d’une époque.
On le retrouve aussi dans des aventures plus collectives, sans qu’il ne s’y laisse enfermer : en 1925, il participe à la première exposition de peinture surréaliste, aux côtés de Giorgio de Chirico, Max Ernst ou Pablo Picasso. Il y a là une scène fondatrice, une présence, une manière de dire “je suis dans l’air du temps”, sans signer pour autant le manifeste.
Et puis Roy collabore autrement, par le travail appliqué, celui qui fait passer l’imaginaire dans la vie quotidienne. Ainsi il conçoit des décors de théâtre, réalise des illustrations et des affiches, et signe même des couvertures de Vogue, là où l’élégance graphique rencontre la vitesse du monde moderne.
Oui, et c’est même l’un des plaisirs discrets de Pierre Roy. On le retrouve “à l’atelier du théâtre”, là où la peinture apprend à devenir espace, profondeur, coulisse.
Quelques images vraiment parlantes :
- « Décor : paysage aux obélisques » (1948)
Un vrai décor au sens scénique du terme: une vision de fond de scène, architecturée, presque prête à être éclairée par une rampe. (Image et fiche: Centre Pompidou.)

Crédit photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bertrand Prévost / Dist. GrandPalaisRmn (domaine public).
- « 5 croquis de décors et personnages de sabbat » (1902)
Des feuilles de travail: silhouettes, placements, ambiance. On sent le “laboratoire” qui précède la représentation.

Crédit photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI / Janeth Rodriguez-Garcia / Dist. GrandPalaisRmn (domaine public).
- « Enfilade de portes » (1948)
Une étude de perspective qui a tout du plan de décor: portes, profondeur, circulation, comme si la scène devenait un couloir mental.

Crédit photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI / Janeth Rodriguez-Garcia / Dist. GrandPalaisRmn (domaine public).
Et pour un “vrai” projet lié au spectacle vivant
On trouve trace de maquettes de décor pour « Le jeu de carte » (vers 1945), où Roy intervient comme décorateur et costumier, donné au Théâtre des Champs-Élysées, sur une musique de Igor Stravinsky et une chorégraphie de Janine Charrat.
Autant de passerelles entre arts “nobles” et arts de circulation, où l’artiste prête sa vision à une œuvre collective. On dirait, avec nos mots d’aujourd’hui, une intuition de designer avant la lettre: l’image n’est pas seulement faite pour être admirée, elle est faite pour habiter le monde. Elle s’invite dans les vitrines, les scènes, les pages, les objets, les usages. Comme le design contemporain, qui traduit une intention esthétique en expérience partagée, Roy comprend que la beauté gagne en puissance quand elle devient langage commun: un signe que l’on croise, que l’on reconnaît, qui s’imprime dans la mémoire d’une époque sans demander d’autorisation. C’est là une leçon précieuse pour notre temps: l’art n’a pas besoin de se diluer pour circuler, il peut voyager, se poser, se transmettre… et laisser, au passage, une empreinte dans la culture.
Pourtant, c’est précisément parce qu’il avance ainsi, proche des foyers créatifs mais allergique aux appartenances, qu’une formule lui colle à la peau comme une affiche dans le dos: “père du surréalisme”. On la lui attribue, on la commente, on la répète… alors que Roy, lui, déteste être mis en lumière et préfère le tête-à-tête entre l’œil et la toile.
Le quotidien, mais passé au théâtre de l’étrangeté
La peinture de Roy, c’est souvent une nature morte qui ne meurt pas: elle se met à respirer. Des fruits, des rubans, des bobines de laine, des coquillages… rendus avec une précision presque trompe-l’œil, puis assemblés de manière à produire un choc doux, une poésie d’objets.
Au Centre Pompidou, on rappelle combien son art fonctionne par “rapprochements incongrus”, parfois avec des échelles inversées: un verre monumental, un château minuscule, et soudain la campagne devient un décor mental, une scène où l’imaginaire n’a pas besoin de cinéma pour être fantastique.
Ce n’est pas l’irréel qui l’intéresse, c’est le réel déplacé. Un léger pas de côté, et l’objet le plus ordinaire se met à raconter autre chose que lui-même.
“Je n’ai aucune philosophie”… et pourtant, quelle leçon
La suite de sa réponse au questionnaire du Museum of Modern Art, en 1947, est un petit manifeste sans tambour ; Roy dit peindre pour le plaisir, sans intention de symbolisme, puis admet qu’il comprend parfois après coup ce qui l’a inspiré et ce que “signifie” sa toile.
Cette temporalité du sens est précieuse car une œuvre n’est pas un communiqué de presse. Elle n’exige ni mode d’emploi, ni conclusion immédiate. Elle est plutôt un réservoir où chacun vient puiser autrement, selon son regard et son époque.
Et Roy “comprend après coup” parce que le sens lui revient par la circulation, la discussions, la contradictions, la réactions du public, l’échanges avec des proches et des critiques. L’œuvre, confrontée aux autres, révèle parfois à son auteur ce qu’il avait déposé sans le savoir.
C’est une idée très française que de prévoir des lieux où la création se partage, se débat, s’affine. Partageos invite notamment les cinémas, dont beaucoup sont aujourd’hui à bout de souffle, à (re)devenir ces espaces vivants où la créativité participe au bien commun, plutôt que de rester des lieux neutres où chacun s’enferme dans sa bulle, hypnotisé devant l’écran.

Ce que Pierre Roy dit à l’esprit Partageos.com
Si l’on écoute Roy avec l’oreille de Partageos, une évidence apparaît: l’œuvre a besoin d’air.
Partager, ce n’est pas “perdre” l’œuvre. C’est lui offrir sa vraie seconde naissance, celle du regard des autres. Car dès qu’une création se déclare “terminée”, elle cesse d’être un territoire privé. Elle ne s’arrache pas à l’artiste, elle s’émancipe, elle commence à vivre dans des consciences autres, à être ressentie différemment que lui ne l’a ressentie, et même autrement qu’il ne l’aurait imaginée.
L’artiste peut bien sûr proposer une intention, un contexte, une clé. Mais il ne peut pas imposer un sens sans risquer de fermer la porte car personne ne pensera exactement comme lui, et c’est tant mieux. L’œuvre devient alors une sorte d’objet publique. Elle se fixe, ou ne se fixe pas, par la somme des regards, par des accords ou désaccords provisoires, par des malentendus féconds. Et cette “majorité” de regards, d’avis, n’est pas un tribunal définitif. En effet le temps rebat les cartes, change les sensibilités, et l’œuvre peut être relue, rehaussée, contestée, réinventée quelques mois, années ou décennies plus tard.
Il existe même une exception fascinante, l’œuvre volontairement inachevée, ou toujours en devenir, qui fait de son incomplétude une esthétique, un chantier ouvert. Mais qu’elle se clôture ou qu’elle reste en mouvement, une chose demeure, le sens peut venir après, parfois longtemps après. Voilà pourquoi publier, archiver, dater, montrer… devient un geste presque sagesse. On n’“explique” pas, on transmet. On laisse une empreinte et on ouvre un chemin où d’autres imagineront, différemment, selon le contexte du moment.
Pierre Roy, lui, a aussi navigué entre arts “nobles” et arts appliqués, décors de théâtre, affiches, couvertures (dont pour Vogue), et même succès publicitaire lié aux vins français et à la “French Line”. Ce mélange, loin d’abaisser la peinture, l’inscrit dans la circulation du monde, dans la culture vécue.
Trois invitations donc à la manière de Roy et dans l’élan Partageos
Le plaisir de créer n’est pas un défaut, c’est un moteur. Il ne faut pas cacher sa joie, mais l’exalter, et donner envie à quiconque de participer.
L’œuvre gardera toujours son origine, mais elle gagnera aussi une vie sociale, appelée à évoluer selon les époques et les mœurs. Savoir l’anticiper est un signe de compréhension artistique.
Parce que ce qui “signifie” aujourd’hui ne signifiera pas forcément demain, il faut documenter, autant en tant qu’artiste que comme critique et comme public. Et il est évident qu’aujourd’hui, à l’heure du numérique et du partage des idées, les musées devraient acquérir et transmettre ce savoir-faire, en plaçant l’expérience du ressenti au cœur de leur offre.
Conclusion: l’art comme trace vivante
Pierre Roy nous laisse une boussole discrète : ne pas forcer le symbole, ne pas surligner l’idée, mais faire exister une image assez juste, assez étrange, assez libre pour qu’elle continue de travailler la conscience longtemps après la dernière touche. C’est ainsi que l’art imprime sa marque dans la culture française, par persistance, par circulation, par conversations qui, de regard en regard, d’avis en avis, fabriquent une mémoire commune.
Et si vous voulez prolonger cette idée de “trace” et de transmission, allez flâner du côté d’un autre texte du magazine: « Les manuscrits du futur auront une voix: les encres invisibles ».
« L’enjeu n’est pas de rejouer 1905, mais d’en retrouver la l’ardeur, l’exaltation créative, l’envie d’exister avec les autres. » C’est exactement là que l’approche globale de Partageos.com prend tout son sens: offrir à l’œuvre un espace pour circuler sans se dissoudre, lui donner une visibilité qui fait “preuve d’existence”, et transformer la création en conversation, pour que l’art laisse, de regard en regard, son empreinte dans la culture française et au delà.
Et si cette épopé vous a ouvert l’appétit…
- Quand la table devient atelier
- Concours PARTAGEOS : Règlement Standard 2026
- Artroscope 2026 — France entière : La Constellation des idées
- https://partageos.info/les-manuscrits-du-futur-auront-une-voix-les-encres-invisibles/
- Noël, la France en habits de fête et de culture
Organiser un concours artistique national via une plateforme telle que Partageos.com peut être une excellente façon de fédérer des participants, valoriser l’art et attirer une audience diversifiée. Voici un guide détaillé pour réussir cette initiative – Pour toutes les associations et mairies : – PARTAGEOS MAG